La Motte du Brabant

De WikiEnghien.

Il y a longtemps eu un débat à Enghien quant au lieu où se situait la motte du brabant. L’existence de cette motte parait difficilement contestable dans le mesure où il y est souvent fait référence dans la littérature médiévale de la région. Quant à son lieu, il existe deux écoles de pensée opposées.

La première estime que la motte se situait au centre de l’actuel étang du miroir, d’où son ancien nom d’étang de la motte. (Cette thèse est plus classique et plus largement défendue par les historiens).

L’autre défend que la motte se situait dans le petit parc, là où se situe encore une butte appelée motte de Brabant.


Sommaire

Introduction sur les mottes en général

A l’origine, on retrouve des mottes dans la plupart des villages médiévaux. Celles-ci font partie des trois grands types de bâtiments présents dans les villages à cette époque, à savoir : Une grande ferme, une église et un château. Chacun de ceux-ci représente l’un des trois grands piliers de l’époque. Respectivement, l’économique, le spirituel et le politique.

Au moyen âge, le terme motte désigne une construction bâtie sur une colline artificiellement élevée. C’est sur celle-ci qu’étaient construites les habitations de la ferme et en-cas se trouvaient les bâtiments d’exploitation agricole, d’où le nom de Basse-cour.

Progressivement, la butte qui à l’origine n’avait qu’une hauteur de 1 ou 2 mètres a été progressivement élevée, on l’a entourée de douves et de palissades en bois pour la protéger des agressions extérieures. Au 12e siècle, les tours en bois font leur apparition, elles sont ensuite remplacées par des tours en pierre qui offrent une meilleure protection contre le feu. Finalement, les palissades furent remplacées par des murs en pierre. C’est ainsi que les mottes sont progressivement devenues des enjeux stratégiques importants.


Motte au petit parc: Indices

A) Motte du Petit Parc

La date d’érection de la motte du Brabant est difficile à établir. En tout cas, elle est antérieure à 1165, date à laquelle elle fut remplacée par un donjon fortifié.

Il est dés lors possible que le prédécesseur de Hugues d’Enghien soit le créateur et le premier occupant de cette motte.

Cette hypothèse s’accorde bien avec le contexte historique. En effet, dans un premier temps, les mottes furent érigées en dehors des grands centres urbains, alors que dans un deuxième temps elles ont été érigées dans des agglomérations afin de contrôler les voies de communication, tout en veillant à ce qu’elles soient bien placées stratégiquement, avec une vue sur les campagnes environnantes. Les mottes établies dans les lieux moins intéressants, furent souvent abandonnées, c’est sans doute le sort de la motte du Petit Parc.

B) Caractéristiques du site

Plusieurs indices laissent croire que la motte dans le petit parc est le lieu où se situait la motte du Brabant.

En regardant une carte d’Enghien, du Petit Parc plus précisément, on observe plusieurs indices qui prêtent à croire que la motte du Petit Parc est l’ancienne motte du brabant.

D’abord, à une centaine de mètres de la motte, il y a un arc de cercle formé par les anciens remparts et un vieux chemin. La motte est au centre du cercle formé et il semble que l’ancien fossé qui entourait la motte était sur ce cercle. D’ailleurs, en regardant des cartes d’Enghien du XVIIe siècles, la limite Est du Parc est également sur cet arc de cercle, soutenant la thèse que ce cercle est l’ancien fossé de la motte et que celle-ci, en son centre est l’ancienne motte du brabant.

Ensuite, la localisation de la motte ne semble pas être du au hasard. En effet, les mottes étaient généralement bâties sur des chemins préexistant, afin de pouvoir contrôler le trafic. C’est le cas pour la motte du Petit Parc qui était sur une voie qui reliant Bruxelles à Tournai.

Ce indices soutiennent que l’actuelle motte du Petit Parc était la motte du Brabant.


La motte de l’étang du miroir

Il existe une multitude d’indices qui laissent penser que cette motte n’est pas la motte du Brabant. D’abord, le contexte dans lequel cette motte a été créée. C’est au moment de la construction du « nouveau » château d’Enghien, qu’elle a été bâtie. En effet, pour fabriquer des briques il fallait excaver de l’argile et c’est ainsi que l’étang du miroir a été formé, avec une petite butte au milieu. Etant donné que les briques n’ont été utilisées dans la construction qu’à partir du XIIIe siècle, cette motte est postérieure à la première.

Dans la littérature du 15e siècle, on peut lire « le fief du Roman Brabant, qui se comprent en une viese motte ou le vieil chastel soloit estre, estans en dehors de mon chastel d’Enghien et des murs d’icelluy, sy grand qu’elle se contient parmi les fossets de mur de mondt Chastel »

Il est fait référence à une « viese motte » qui n’est autre que la motte du brabant . Par viese, il ne faut pas tant attendre vielle, mais hors d’usage. Quant à la localisation de cette motte, l’auteur donne des précisions : « à proximité des fossés du nouveau château, le fossé de la motte étant en continuité avec ces derniers ».

Contrairement à ce que beaucoup d’auteurs pensent, il semblerait que cette motte n’est pas l’île, mais l’actuelle motte du petit parc et que le viel chastel est le donjon séparé de la nouvelle forteresse élevé sur la motte.

Ensuite, si la motte de l’étang est vraiment l’ancienne motte du Brabant, il faut s’interroger sur son sort. En 1617, Anne de Croy fit construire des volières sur l’îlot. Elles furent ensuite agrémentées de balustres. Son aspect décoratif lui valut d’être plusieurs fois représenté sur des tapisseries de l’époque. C’est en 1787 qu’il reçu le nom d’étang du miroir.

Avec l’écoulement du temps et son entretient négligé, la motte a finit par disparaître dans l’étang, ne laissant qu’une surélévation dans le centre de celui-ci. On peut se demander pourquoi, si il s’agissait bel et bien de la vielle motte du brabant, les d’Enghiens et les d’Arembergs auraient laissé sombrer un lieu d’une telle valeur, symbole de l’ancienneté de son pouvoir féodal. On ne voit pas non plus pourquoi, ils auraient décoré de telle manière ce lieu symbolique.

D’ailleurs, beaucoup de châteaux ont conservé leur vielles mottes, justement pour leur valeur symbolique.


Désuétude et Acquisiion par la ville

Dès la fin du XIIe siècles, la motte du brabant avait perdu sa fonction de résidence des seigneurs. D’ailleurs, au XIIIe siècle les mottes avaient généralement perdu leur signification militaire, mais étaient conservées comme lieux symboliques.

A ce titre, l’acquisition par la ville d’Enghien du territoire sur lequel se situe la motte avait une forte valeur symbolique.

L’acquisition du Petit Parc par la ville d’Enghien se fit en trois étapes. C’est en 1914 que la parcelle de terrain qui comprend la motte a été donnée à la ville d’Enghien par le duc Englebert-Marie. Le texte de cette donation témoigne bien de la valeur symbolique et historique du lieu.

En effet, dans le texte de la donation fait référence aux valeurs privilégiées que les seigneurs avaient entretenus avec la ville et rappelait l’ancienne appartenance de la ville d’Enghien au Brabant, avant d’être hennuyère. Cette lecture de la donation de la motte du Brabant à la ville d’Enghien est un indicateur sérieux en faveur de notre thèse, à savoir que la motte du Petit Parc est l’ancienne motte du brabant.

D’ailleurs, Yves Delannoy dire que le duc Englebert-Marie a fait cette donation « en souvenir de ses ancêtres et comme témoignage de l’intérait personnel qu’il portait aux habitants de la ville d’Enghien »


Le rôle de la motte du Brabant

L’on pourrait être tenté de croire que la motte à Enghien avait un sérieux enjeu militaire dans le contexte de la lutte entre Hainaut, Flandre et Brabant. En effet, au XIIIe siècle, le Hainaut a été opposé d’abord à la Flandre et ensuite au Brabant. Seulement, l’érection de la motte du Brabant date au plus tard du XIIe siècle. Il est donc très peu probable que la motte d’Enghien ait eu une signification militaire, du moins pas à l’échelle de la principauté ou du comté.

En revanche, plusieurs indices semblent indiquer que la motte du Brabant avait une signification plus locale.

En effet, la disparition du comté de Hal a été l’occasion pour beaucoup de petits seigneurs de prendre leur indépendance. A l’époque, beaucoup de mottes appartenaient à des petits seigneurs locaux, voir même à des fermiers. D’ailleurs, avec la perte du pouvoir central postcarolingien, il semble que de nombreuses mottes furent construites précisément dans ce contexte de prise de pouvoir au niveau local. La construction de nombreuses petites mottes permettait de faire avancer son territoire par petites places fortes relativement protégées.

Il convient de mettre en relation la motte du Brabant à Enghien et la motte du Strihoux. En effet, ces deux mottes coexistaient et appartenaient aux seigneurs d’Enghien.

La date de construction de la motte du Strihoux se situe quelque part entre la fin du XIe siècle et le début du XIIe siècle. Cette époque correspond à la première mention connue d’un seigneur d’Enghien. (elle est donc probablement antérieure à la motte du Brabant).

L’existence de plusieurs mottes appartenant aux seigneurs d’Enghien dans la région soutient la thèse que la motte du Brabant n’avait une importance militaire que dans un cadre local. D’ailleurs, à la fin du XIe siècle, les seigneurs d’Enghien n’étaient réellement opposés ni au Brabant, ni à la Flandre.

Il semble donc que la construction d’une motte à Enghien, alors que les seigneurs en possédaient déjà une dans le bois du Strihoux témoigne de leur désir d’expansion et de maintient de leur pouvoir, face aux petits seigneurs locaux.


Sources

Reygaerts J., La région d'Enghien: une géographie historique, une histoire urbaine: études critiques; Merchtem, 1998

Y.Delannoy, Pierre Delannoy, bourgmestre d’Enghien (1905-1955), A.C.A.E., X, 1955 Annexe 7, pp.535-541

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