1944-1994 Le drame du "Patriote"

De WikiEnghien.

1944-1994 (*)

Le drame du « Patriote »

La libération d’Enghien le 3 septembre 1944 a été marquée par un drame humain : la tuerie de résistants et de civils au lieu-dit : « le Patriote ».

La narration de ces événements dramatiques a donné lieu à tellement de versions que je me sens un devoir, en collaboration avec deux de mes anciens compagnons « Partisans Armés » de rétablir une vérité en vue de réhabiliter la réputation des résistants, qui se trouvaient en cet endroit et que certains ont par ignorance, tronquée.

Dans la matinée du dimanche 3 septembre 1944, la 5me Compagnie du Corps 023 des Partisans Armés, a reçu l’ordre de rejoindre pour 11 heures 30 le carrefour qui se trouve à la jonction des deux routes qui mènent, l’une à Grammont, l’autre à Ninove, à 1 km de la ville. Ils avaient pour mission, la surveillance en cet endroit, du mouvement des troupes allemandes qui depuis la veille se retiraient de la région, talonnés par nos alliés, tant attendus.

Il était également convenu de se retrouver à 14 heures en la salle « Patria » rue de Bruxelles à Enghien, pour coordonner les tâches et missions, entre tous les mouvements de résistance : l’Armée Secrète, le Mouvement National Belge, les Partisans Armés, etc…

Nous attendions en ville le passage de la 32me Brigade, conduite par le 1er bataillon des Welsh Guards pour la fin de l’après-midi, lorsque déjà à 12 heures 30, un blindé de reconnaissance de la Household Cavalery, venant de la Chaussée de Grammont, avait rejoint les résistants qui se trouvaient au Patriote.

C’est alors qu’une colonne allemande motorisée, qui occupait le Collège St-Augustin transformé pour l’occasion en hôpital de campagne, quittait ces lieux, en direction de Herne. En arrivant à hauteur du Patriote, les allemands se sont trouvés nez-à-nez avec le blindé anglais qui, sans grande difficulté fit prisonnière la colonne ennemie Les véhicules restèrent le long de la route et une centaine de prisonniers furent enfermés dans la grange attenant à la maison « Van Rooy ». Avant de repartir, pour continuer leur mission, le commandant du char de combat qui avait dirigé l’opération, confia les prisonniers à la garde des résistants.

Entre-temps, d’autres P.A. ainsi que des civils, sont venus s’ajouter vers 13 heures 30 au petit groupe de résistants déjà sur place. Certains se sont emparés des armes ayant appartenues aux prisonniers, tandis que d’autres, visitèrent les camions restés sur la route pour s’approprier les vivres qu’ils contenaient.

Ce fut alors le drame. Une seconde colonne allemande, escortée d’SS est arrivée sur les lieux, venant de la ville. Elle était probablement l’arrière garde de celle arrêtée par le char anglais. Ils remarquèrent les véhicules abandonnés sur la route ainsi que les gens, qui, à leur approche, se sauvaient pour se mettre à l’abri de l’attaque des SS qui délivrèrent les prisonniers retenus dans la grange et ce fût le massacre.

Ce combat fut la cause d’un carnage qui fit parmi les résistants trois morts et deux blessés graves. Ils furent transportés, l’un, notre commandant « Arsène » à la clinique de Halle où il mourût quelques heures plus tard, suite à ses blessures. L’autre, notre chef de section, fut transporté à la clinique d’Enghien, il survécu par miracle, à ses blessures. Les autres victimes étaient pour la plupart des civils qui n’avaient reçu aucune mission pour se trouver là. Ils avaient tout simplement entendu dire que les anglais étaient au Patriote.

On appris en ville qu’une bataille avait lieu dans la direction de Herne. Les chars alliés du 1er Bataillon des Welsh Guards passaient déjà dans les murs de la cité. Il était alors 14 heures 30.

Plusieurs personnes ont demandé aux occupants des chars de se diriger vers le lieu du combat, mais ne pouvant se détourner de leur route, le commandant d’un blindé contacta par radio la R.A.F. dont un chasseur mitrailla les allemands. Les survivants partirent en déroute, laissant derrière eux du matériel de guerre, des vivres ainsi que les chevaux de la colonne allemande, abattus par l’aviation alliée.

Les résistants qui se trouvaient dans la salle « Patria » se sont rendus vers l’endroit de la bataille mais ils furent arrêtés à mi-chemin dans leur progression par l’attaque de l’aviation. Ils durent constater en arrivant sur place, qu’il n’y avait plus grand chose à faire, si ce n’est que sauver les blessés et ramasser les cadavres, qui furent transportés à l’hôpital d’Enghien.

Comme partout où se déroulaient des combats, il y a eu des gens qui se sont accaparés les butins abandonnés par les troupes en fuite. On les appela « les voleurs du Patriote » mais cela ne pouvait être les résistants car eux étaient morts ou gravement blessés.

Peu nombreux sont ceux qui ont eu le triste devoir de rendre à une maman, le cadavre de son fils, qui, avec ses compagnons d’infortune, sont morts pour que d’autres vivent librement.

Ne salissons pas par ignorance, la mémoire de ceux dont la photo se trouve sur le monument aux morts du Patriote et lorsque nous passons devant ce dernier, ayons une pensée pour ces héros qui sont les martyrs et non les voleurs du Patriote.

Jean BEKE.

Le 27 septembre 1994

(*) texte original publié avec l'autorisation de la fille de l'auteur.

Outils personnels