Édouard-Jean Empain

De WikiEnghien.
Edouard-Jean Empain.jpg

Édouard-Jean Empain (né le 7 octobre 1937) est un homme d´affaires belge, président-directeur-général du groupe Empain-Schneider depuis 1971. Il est le petit-fils du général baron Édouard Empain et fils de Jean dit Johnny Empain et de Rozell Rowland. A la mort de son père, il est adopté par un cousin de son père, Edouard, qui épouse sa mère.

Il restera propriétaire du Château d'Enghien et de son parc jusqu'à sa vente à la ville d'Enghien en 1988 pour 80 millions de francs belges.

Le 23 janvier 1978 il fut kidnappé à la sortie de son domicile à Paris. Ses ravisseurs ont d'abord demandé une rançon de 80 millions de francs français, puis ramené cette somme à 40 millions. Somme qui ne sera jamais payée aux ravisseurs, malgré l'amputation de l'auriculaire gauche du baron pour faire pression sur sa famille. Un des ravisseurs sera même abattu par la police lors de la tentative de remise d'une fausse rançon.

Photo du magazine Match

Le baron Empain sera libéré après 63 jours de séquestration près d'une station de métro parisienne, le 28 mars 1978. Le procès de ses ravisseurs, dirigés par Georges Bertoncini a eu lieu en décembre 1982.

En 2003, Empain et un de ses associés, Eric Graham, sont poursuivis pour banqueroute frauduleuse de leur société immobilière, mais sont finalement relaxés.

30 ans après son kidnapping

Interview du baron Empain fait par Christophe Cornevin pour le Figaro

Trente ans après son enlèvement, l'ex-président du groupe Empain-Schneider revient pour Le Figaro sur ses 63 jours de calvaire. À 70 ans, reconverti dans le commerce international, le baron belge joue toujours au poker et coule des jours heureux sur le Rocher.

LE FIGARO. Trente ans après, gardez-vous encore des souvenirs précis de ce 23 janvier 1978 ?
Édouard-Jean EMPAIN. Oui, car je vis toujours avec cette histoire. Il est 10 h 30, mon chauffeur m'attend en bas de chez moi, avenue Foch. J'avais rendez-vous à 11 heures et comme beaucoup de Belges, je n'aime pas être en retard. Mais, au lieu d'arriver à temps, je suis revenu deux mois et demi après… J'avais été choisi en raison de la régularité de mon emploi du temps, prévisible, et de ma résistance physique. Sinon, mes ravisseurs projetaient de kidnapper Edmond de Rothschild ou un membre de la famille Dassault.

L'enlèvement est rapide ?
Quelques secondes. Des hommes encagoulés et armés m'ont emmené dans un parking, où je suis resté des heures avant de rejoindre un premier endroit de séquestration. J'avais très peur. Mes ravisseurs m'orientaient avec des gestes brusques, restaient muets ou maquillaient leur voix de divers accents. On m'avait drogué avec une piqûre.

Le calvaire ne faisait que commencer…
Dès le premier jour, ils m'ont tranché une phalange. J'ai croupi un mois dans une maison abandonnée sans eau, ni électricité, enchaîné sous une tente. La température était inférieure à zéro. La nourriture se résumait à un morceau de pain et à une vieille pomme jetée de temps à autre. On me faisait écrire des demandes de rançon dont les montants étaient grotesques, allant jusqu'à 130 millions de francs. Ces chiffres n'avaient aucun sens car, à ce moment précis, moi seul pouvais débloquer une telle somme. Or j'étais prisonnier ! Je leur ai expliqué qu'il faisait un truc idiot. Ils ont baissé leurs prétentions à trente millions.

Les conditions se sont-elles améliorées ?
Non, j'avais même perdu la notion du temps. Au fil de la captivité, on se rapetisse. On se contente d'un rien. On finit par attendre une tasse de café, un fruit ou un mot agréable du genre « Comment vas-tu, ce matin ? » Je me faisais insulter parce que je tardais à donner mon « fric »… Il y avait beaucoup de grossièreté et des tutoiements épouvantables. Tout était fait pour m'humilier. Je ne cherchais pas à m'échapper et préférais mon train-train sous les chaînes. Étrange, mais on finit par être presque content de son sort.

C'est le syndrome de Stockholm ?
Pure invention de psychiatres ! Un otage sait que son sort ne dépend que de ses geôliers. Donc, il ne passe pas son temps à les insulter. Au contraire, il essaie de se faire gentil. Le syndrome de Stockholm n'est rien d'autre qu'un désir de survivre… La fin de ma captivité a d'ailleurs été plus soft. J'avais même eu une petite télé sous ma tente. Après une tentative avortée de remise de rançon achevée en fusillade, mes ravisseurs ont compris que c'était fini. Ils ont voté pour savoir s'ils me tiraient une balle dans la tête. Pendant deux heures, j'ai attendu le verdict avant d'être libéré contre trois reconnaissances de dettes de dix millions de francs chacune. Si je ne payais pas, ils menaçaient de tuer un quidam et de lui accrocher un des papiers dans le dos.

Vous avez pris ces menaces au sérieux…
Oui, parce que certains de mes ravisseurs sont restés dans la nature. Pendant deux ou trois ans, ils m'ont filé au restaurant ou au cinéma. Ils m'appelaient même quand je changeais de numéro de téléphone. Or seule la police était censée connaître mes coordonnées…

Les kidnappeurs ont fini par être arrêtés…
Oui, ils étaient au minimum douze à avoir fait le coup et huit ont été attrapés. Je les ai reconnus à leur voix. J'ai été privé de liberté pendant soixante jours et eux durant dix ans…

Trente après, vous en faites des cauchemars ?
Cet enlèvement est la charnière de ma vie, une fracture intervenue à 40 ans. Avant, il y avait la vie facile où tout me réussissait. J'étais jeune, puissant et l'on me craignait en raison de mes relations tant dans les milieux patronaux que politiques. J'incarnais le capitalisme conquérant sans être connu du grand public.

Et après ?
Tout a changé. Je me suis aperçu que le monde extérieur m'avait condamné en soixante jours. Ma famille, mes collaborateurs s'étaient organisés à vivre sans moi. On avait même vendu ma Mercedes de fonction, mes héritiers s'intéressaient au testament, les organigrammes avaient été refaits. J'ai passé trente années à digérer ce mauvais polar…


30 ans après son kidnapping... le film

Fin 2009, un film retracant l'histoire du kidnapping du Baron Empain est sortis sur les écrans:

Réalisateur: Lucas Belvaux Acteurs:

  • Yvan Attal
  • Anne Consigny
  • André Marcon
  • Françoise Fabian
  • Alex Descas
  • Michel Voïta
  • Gérard Meylan

Synopsis:

   Homme d'industrie et de pouvoir, Stanislas Graff est enlevé un matin comme les autres devant son immeuble 
   par un commando de truands. Commence alors un calvaire qui durera plusieurs semaines. Amputé, humilié, 
   nié dans son humanité, il résiste en ne laissant aucune prise à ses ravisseurs. Il accepte tout sans révolte, 
   sans cri, sans plainte, c'est par la dignité qu'il répond à la barbarie. Coupé du monde, ne recevant
   que des bribes d'informations par ses geôliers, Graff ne comprend pas que personne ne veuille payer la somme 
   qui le délivrerait. Au-dehors, son monde se fissure au fur et à mesure de la révélation de sa personnalité. Tout 
   ce qu'il avait réussi à garder d'intimité, son jardin secret, est révélé à sa famille par l'enquête de police ou 
   celle de la presse. Chacun découvre un homme qui est loin de ressembler à celui qu'il imaginait. Quand il retrouvera 
   la liberté, ce sera pour s'apercevoir qu'il a tout perdu, l'amour des siens, l'estime de ses collègues, son pouvoir, 
   la confiance en ses proches. Sa libération se révélera plus difficile à vivre que sa captivité.

Sources

Outils personnels